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L'empreinte climatique du numérique : smartphones, IA, streaming
Envoyer un message, regarder une série, poser une question à une intelligence artificielle : chacun de ces gestes a un coût climatique, longtemps resté invisible faute d'être mesuré. Voici ce que disent les études officielles, en France et à l'international.
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1. Un ordre de grandeur désormais mesuré
Le numérique — fabrication des appareils, réseaux et centres de données confondus — représente 4,4 % de l'empreinte carbone de la France en 2022, soit environ 29,5 millions de tonnes de CO2 équivalent, selon la réévaluation de l'étude ADEME-Arcep publiée fin 2024 et janvier 2025. La première étude, publiée en 2020, l'estimait à 2,5 % des émissions françaises.
Cette hausse ne traduit pas seulement une augmentation réelle des usages : elle vient aussi d'un changement de méthode. La nouvelle évaluation intègre désormais les centres de données situés à l'étranger mais utilisés pour des usages numériques français, absents du premier calcul.
2. La fabrication pèse plus lourd que l'usage
Selon l'étude ADEME-Arcep de référence, la fabrication des équipements utilisateur concentre l'essentiel des émissions du numérique, loin devant les réseaux et les centres de données. C'est le principal enseignement à retenir pour hiérarchiser les leviers d'action individuels et collectifs.
Cette prépondérance de la fabrication s'explique par l'extraction des matières premières et des métaux nécessaires aux composants électroniques, ainsi que par la production elle-même, largement réalisée hors de France. Prolonger la durée de vie des appareils déjà produits est donc, mécaniquement, le levier le plus direct.
Environ 80 % de l'empreinte carbone du numérique en France provient de la fabrication des appareils — smartphones, ordinateurs, téléviseurs — et non de leur utilisation au quotidien.
3. Streaming et vidéo à la demande : une part mesurée à part
Les usages audiovisuels — télévision, radio, streaming audio et vidéo, plateformes de partage de vidéos — ont fait l'objet d'une étude dédiée de l'Arcom, l'Arcep et l'ADEME publiée en 2024. Ils représentent 2,9 % de la consommation électrique française, soit 13 TWh, et 0,9 % de son empreinte carbone, soit 5,6 millions de tonnes de CO2 équivalent — environ un tiers de l'empreinte totale du numérique.
Là encore, ce sont les terminaux — en premier lieu les téléviseurs — qui concentrent l'essentiel de cet impact, entre 72 % et 90 % selon l'indicateur retenu, loin devant les réseaux (9 % à 26 %) et les centres de données (1 % à 3 %). Aujourd'hui, la télévision linéaire pèse plus lourd dans le bilan que la vidéo à la demande ou le streaming ; l'étude anticipe toutefois une hausse progressive de la part de ces derniers usages d'ici 2030.
4. L'intelligence artificielle et la consommation des centres de données
À l'échelle mondiale, l'Agence internationale de l'énergie estimait la consommation électrique des centres de données à environ 415 TWh en 2024, soit près de 1,5 % de la consommation électrique mondiale — une croissance d'environ 12 % par an sur les cinq dernières années.
Cette progression s'est nettement accélérée avec l'essor de l'intelligence artificielle générative : la demande électrique des centres de données a bondi de 17 % en 2025, et celle des centres dédiés à l'IA de 50 % sur la même année — bien plus vite que la demande électrique mondiale, en hausse de 3 %. L'agence prévoit un quasi-doublement de la consommation électrique des centres de données d'ici 2030, pour atteindre environ 3 % de la demande électrique mondiale.
Dans le même temps, l'efficacité énergétique par tâche d'IA s'améliore rapidement, avec une baisse d'au moins un ordre de grandeur par an ces dernières années selon l'agence. Cette amélioration ne compense cependant pas, à ce stade, la croissance du volume d'usage : la consommation totale continue d'augmenter.
5. Ce que ces chiffres ne disent pas encore
Les périmètres diffèrent d'une étude à l'autre — numérique global, audiovisuel, intelligence artificielle — et les comparer terme à terme demande de la prudence ; chaque publication le rappelle explicitement.
Il n'existe pas encore de statistiques exhaustives sur la fréquence et l'intensité d'usage de l'intelligence artificielle dans le monde, seulement des indicateurs indirects comme la croissance du nombre d'utilisateurs ou des revenus des fournisseurs de modèles. La part exacte de l'IA générative dans l'empreinte carbone française reste, à ce jour, non isolée dans les études officielles disponibles.