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Feux de forêt et climat : un cercle vicieux

Un mégafeu libère en quelques semaines le carbone qu’une forêt a mis des décennies à stocker. Et certains puits de carbone historiques, comme l’Amazonie, sont déjà passés de l’autre côté.

Publié le 18 juillet 2026 3 min de lecture537 mots3 359 caractères
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1. Le constat en France, maintenant

Début juillet 2026, la France a déjà battu des records pour la saison : environ 7 800 hectares sont partis en fumée en huit jours, davantage que sur l’ensemble du mois de juillet 2025. Cinquante-quatre départements étaient classés en danger élevé ou très élevé, un niveau jamais atteint à cette période de l’année.

Le facteur humain reste déterminant : neuf départs de feu sur dix ont une origine humaine, imprudence ou geste volontaire. La sécheresse des sols, héritée d’un mois de juin exceptionnellement chaud, rend simplement la végétation plus inflammable qu’elle ne devrait l’être.

Fin juillet, le constat s’est aggravé de façon spectaculaire : un incendie parti du littoral atlantique a ravagé environ 40 000 hectares en Gironde, devenant le deuxième plus grand feu de forêt en France depuis la Seconde Guerre mondiale, avec 240 maisons détruites et 220 000 personnes évacuées. Une étude de World Weather Attribution a établi que le réchauffement climatique a rendu ce type d’épisode au moins deux fois plus probable qu’avant l’ère industrielle (voir notre fiche dédiée).

2. Le mécanisme direct : des gaz à effet de serre relâchés d’un coup

Un feu de forêt libère en quelques semaines le carbone qu’un écosystème avait mis des décennies à stocker. Sur la saison 2023-2024, les incendies dans le monde ont émis environ 8,6 milliards de tonnes de CO₂, soit 16 % de plus que la moyenne des vingt années précédentes, tirés notamment par les feux historiques du Canada.

Ce carbone rejoint directement l’atmosphère : contrairement aux émissions fossiles, il n’était pas prévu au bilan carbone des pays concernés, ce qui complique le suivi des engagements climatiques nationaux.

3. Des puits de carbone qui deviennent des sources

La forêt amazonienne absorbait traditionnellement plus de CO₂ qu’elle n’en émettait. Des mesures aériennes menées entre 2010 et 2018 ont montré que le sud-est du bassin amazonien, la zone la plus touchée par la sécheresse, la chaleur et les feux, est devenu émetteur net de carbone.

C’est le cœur du problème : un puits de carbone qui s’inverse n’est plus seulement une perte d’absorption, il devient une source supplémentaire d’émissions, au moment précis où on aurait besoin qu’il en absorbe davantage.

4. La boucle de rétroaction

Le mécanisme s’auto-entretient : des températures plus élevées assèchent les sols et la végétation, ce qui augmente le risque de feu ; les feux relâchent du CO₂, qui contribue au réchauffement, qui assèche à nouveau les sols l’année suivante. Dans le sud de la France, la saison des feux devrait voir sa durée doubler d’ici la fin du siècle.

Cette boucle n’est pas un scénario lointain : elle est déjà à l’œuvre dans le début de saison 2026, exceptionnel par sa précocité et son étendue géographique bien au-delà du seul pourtour méditerranéen.

5. Ce qu’on peut faire

À l’échelle individuelle, la prévention reste le levier le plus direct : pas de mégot ni de barbecue près de la végétation, respect des fermetures de massifs, débroussaillement autour des habitations. Neuf feux sur dix étant d’origine humaine, la marge de progrès est réelle.

À l’échelle collective, cela rejoint les leviers déjà présentés dans la section Agir : réduire les émissions de CO₂ en amont reste le seul moyen de limiter, sur le temps long, la fréquence et l’intensité de ces feux.