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Permafrost et éboulements : quand la glace qui tient les roches disparaît

En 2026, les Alpes enregistrent un nombre record d'éboulements rocheux. En cause : la fonte du permafrost, ce ciment de glace qui maintient les parois depuis des millénaires, et le retrait des glaciers qui les soutenaient.

Publié le 10 septembre 2026 3 min de lecture559 mots4 030 caractères
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1. L'été 2026, une saison d'éboulements sans précédent dans les Alpes

Selon le géomorphologue Ludovic Ravanel (CNRS, laboratoire EDYTEM, également guide de haute montagne à Chamonix), le massif du Mont-Blanc devrait totaliser environ 450 écroulements rocheux de plus de 100 m³ sur l'année 2026, un chiffre qu'il qualifie lui-même de record absolu.

Le précédent record, établi en 2022 après une série de canicules, s'élevait à 300 écroulements de cette ampleur. Il y a encore dix ou vingt ans, on n'en comptait que quelques dizaines par an dans le même massif.

Cette accélération suit le rythme des vagues de chaleur : cinq canicules quasi successives ont touché les Alpes durant l'été 2026, provoquant un dégel profond des terrains de haute altitude.

2. Le permafrost, un ciment invisible qui tient les parois depuis des millénaires

En haute montagne, le permafrost désigne les terrains dont la température reste négative en permanence, une condition installée depuis plusieurs milliers d'années dans certains secteurs des Alpes.

Une partie de ce permafrost est constituée de glace logée dans les fissures de la roche, où elle joue un rôle de ciment : elle maintient ensemble des blocs qui, sans elle, se détacheraient sous leur propre poids.

Quand les températures dépassent durablement le seuil de dégel, cette glace fond et les fissures perdent leur cohésion. Les blocs, parfois volumineux, se détachent alors des parois : c'est le mécanisme direct à l'origine des éboulements observés en 2026.

3. Un second mécanisme : le retrait des glaciers déstabilise aussi les parois

Les glaciers ne sont pas seulement des victimes du réchauffement : leur masse exerce aussi une pression stabilisatrice sur les parois rocheuses qu'ils touchent.

Quand un glacier recule ou perd en épaisseur, cette pression disparaît. Les parois qu'il soutenait auparavant peuvent alors se décomprimer, ce qui favorise l'apparition de nouveaux éboulements, indépendamment de l'état du permafrost à cet endroit précis.

Les deux mécanismes — fonte du permafrost et retrait glaciaire — se cumulent souvent dans les mêmes secteurs de haute altitude, ce qui explique la difficulté à isoler leur part respective dans un éboulement donné.

4. Un lien étudié depuis plus de vingt ans, pas une hypothèse de l'été 2026

Le lien entre réchauffement, dégel du permafrost et hausse des éboulements n'est pas une intuition récente : des chercheurs du laboratoire EDYTEM (CNRS / Université Savoie Mont-Blanc) documentent ce phénomène dans le massif du Mont-Blanc depuis le début des années 2000.

Une étude publiée en 2017 dans la revue Science of the Total Environment, portant sur les canicules de 2003 et 2015, a montré que ces deux étés exceptionnellement chauds avaient chacun coïncidé avec un nombre d'éboulements nettement supérieur à la moyenne dans le massif, concentrés dans les zones affectées par le permafrost.

Les mêmes chercheurs soulignent que la poursuite du réchauffement global devrait continuer d'augmenter la fréquence et l'ampleur de ces phénomènes, avec des conséquences directes pour les personnes et les infrastructures en haute montagne.

5. Ce que ça change, et comment la montagne s'adapte

Les conséquences les plus immédiates concernent les personnes présentes en haute altitude : alpinistes, guides et gestionnaires de refuges doivent composer avec des itinéraires classiques rendus plus dangereux, certains passages étant fermés ou déconseillés en cours de saison.

Face à ce constat, plusieurs dispositifs de suivi existent déjà : capteurs de température dans la roche, comparaison répétée de scans laser des parois, et remontée d'observations par les compagnies de guides elles-mêmes.

Ce phénomène reste concentré sur des zones de haute altitude peu habitées à l'année en France ; il ne doit pas être confondu avec les situations aux conséquences plus lourdes observées dans certaines vallées himalayennes densément peuplées, où s'ajoutent des risques de crues glaciaires torrentielles — un sujet distinct qui pourra être documenté séparément.