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Les scénarios possibles

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CMIP7 : pourquoi le scénario climatique le plus extrême a été retiré

En avril 2026, les climatologues chargés de préparer les scénarios du prochain rapport du GIEC ont retiré le scénario le plus pessimiste. Une bonne nouvelle méthodologique, pas un aveu d'erreur — et un cas d'école pour comprendre comment la science climatique s'auto-corrige.

Publié le 7 septembre 2026 4 min de lecture820 mots6 117 caractères
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Ce qui a été annoncé, publiquement, par la science elle-même

Le GIEC ne produit pas ses propres simulations climatiques : il s'appuie sur les travaux d'un consortium international, le CMIP (Coupled Model Intercomparison Project), aujourd'hui dans sa 7ᵉ génération. Un sous-groupe de ce consortium, ScenarioMIP, a pour mission de définir les trajectoires d'émissions — les fameux scénarios « si nous émettons ceci, alors le climat fera cela » — que les modèles climatiques du monde entier utilisent ensuite en commun, pour que leurs résultats restent comparables.

En avril 2026, ScenarioMIP a publié ses nouveaux scénarios de référence (Van Vuuren et al.), qui serviront de socle au 7ᵉ rapport d'évaluation du GIEC (AR7, attendu vers 2029). Décision marquante de cette publication : le retrait du scénario le plus extrême, connu sous le nom de RCP8.5 dans la génération précédente (CMIP5) puis SSP5-8.5 (CMIP6) — longtemps utilisé comme référence « pire cas » dans une grande partie de la littérature scientifique et des politiques publiques. Le nouveau scénario le plus élevé de CMIP7 projette un réchauffement notablement inférieur : environ 0,9 °C de moins que SSP5-8.5 à horizon 2100, dans une comparaison à méthode équivalente.

Pourquoi : de meilleures données d'entrée, pas une meilleure physique

Le retrait ne remet en cause aucune loi physique du réchauffement : il découle de trois constats factuels sur les données utilisées pour construire le scénario. D'abord, les émissions mondiales observées ces dernières années suivent la trajectoire médiane des scénarios (comparable à SSP2-4.5), pas la trajectoire haute — un point de départ plus bas change mécaniquement toute la projection qui en découle. Ensuite, le coût des énergies renouvelables a chuté plus vite que ne l'anticipaient les hypothèses économiques posées en 2016 lors de la construction des scénarios SSP. Enfin, la croissance démographique mondiale et l'usage du charbon ne suivent plus les trajectoires extrêmes (jusqu'à 13 milliards d'habitants en 2100, quintuplement de l'usage du charbon) qui alimentaient le scénario le plus haut.

Ce travail de mise à jour est le fonctionnement normal de CMIP : les scénarios sont révisés à chaque nouvelle génération de modèles, à mesure que les données économiques, démographiques et énergétiques réelles remplacent des hypothèses plus anciennes. C'est la même logique qui avait, en sens inverse, conduit à durcir certaines hypothèses par le passé.

Ce que ce retrait ne change pas

Ce retrait ne touche à aucune donnée déjà observée : il ne change rien à l'attribution scientifique du réchauffement actuel, ni aux mécanismes physiques qui le produisent, ni aux impacts déjà mesurés (canicules, fonte des glaces, montée des eaux). Il porte uniquement sur la vraisemblance d'une trajectoire d'émissions future la plus extrême, jugée aujourd'hui trop éloignée des tendances économiques et énergétiques réelles pour continuer à servir de référence par défaut.

Le consortium CMIP le précise lui-même sans ambiguïté dans son explainer officiel : même la nouvelle trajectoire haute reste compatible avec des impacts climatiques sévères. Le scénario retiré n'était d'ailleurs pas non plus une prédiction du pire, mais une hypothèse conditionnelle parmi d'autres — utile en particulier pour les secteurs qui doivent se prémunir contre des risques faibles mais catastrophiques (dimensionnement d'infrastructures, digues), un usage que la disparition de RCP8.5 comme référence par défaut ne rend pas caduc en soi.

Même le nouveau scénario le plus élevé de CMIP7 « ne permet pas d'exclure un changement climatique à fort impact », selon l'explainer officiel du consortium CMIP.

Un fait réel, parfois présenté de façon trompeuse

Ce retrait, annoncé publiquement par les scientifiques qui l'ont décidé, est parfois repris dans certains médias engagés comme la preuve d'un aveu caché ou d'un « scénario catastrophe enterré en silence ». Le cadrage est trompeur par omission : la décision a été publiée, documentée et discutée en toute transparence dans la littérature scientifique, et son principal chroniqueur public, le climatologue Zeke Hausfather, est une figure reconnue du travail d'attribution du réchauffement climatique — pas une voix sceptique récupérée pour l'occasion.

Présenter un ajustement méthodologique motivé par de meilleures données comme une remise en cause du réchauffement lui-même confond deux choses distinctes : la vraisemblance d'un scénario futur, qui peut évoluer avec les données économiques, et la réalité du réchauffement déjà mesuré, qui n'a pas varié d'un dixième de degré du fait de cette publication.

Un miroir utile : les modèles ne se trompent pas toujours dans le même sens

Ce retrait illustre un point souvent oublié : les modèles climatiques ne sont pas systématiquement accusés de surestimer le risque. Une étude de 2023 (Vautard et al., Nature Communications), menée par un climatologue du CNRS coprésidant l'un des groupes de travail du GIEC, montre à l'inverse que les modèles climatiques ont plutôt sous-estimé l'intensité et la fréquence des vagues de chaleur récentes en Europe de l'Ouest : sur 170 simulations issues de 32 modèles différents, aucune ne reproduisait une tendance aussi forte que celle réellement observée.

Les deux épisodes racontent la même histoire, dans des directions opposées : la modélisation climatique est un chantier scientifique vivant, qui se corrige dans un sens ou dans l'autre à mesure que de meilleures données arrivent — ni un dogme figé, ni un instrument systématiquement biaisé vers l'alarmisme.

Ce qu'il faut retenir

Un scénario climatique n'a jamais été une prédiction, mais une hypothèse conditionnelle révisable — c'est le principe même expliqué dans notre guide « Lire un scénario climatique sans se tromper ». Que cette révision retire une hypothèse jugée trop extrême ou révèle, ailleurs, une sous-estimation d'un risque bien réel, c'est le même processus scientifique à l'œuvre : des données qui s'améliorent, des modèles qui s'ajustent en conséquence. C'est un signe de bonne santé de la science, pas une fragilité à exploiter.