Aller au contenu
Faits marquants

20 août 2026

Éboulements en série dans les Alpes : l'été 2026, une année record

Environ 450 écroulements de plus de 100 m³ dans le seul massif du Mont-Blanc : selon le géomorphologue Ludovic Ravanel (CNRS), la crise climatique est responsable d'une large majorité de ces éboulements, via la fonte du permafrost qui cimentait les parois.

climatFrancemontagneAlpesrisques naturels

Le fait

Le 20 août 2026, l'AFP rapporte les propos du géomorphologue Ludovic Ravanel (CNRS, laboratoire EDYTEM, également membre de la compagnie des guides de Chamonix) : l'été 2026 se solde par un nombre record d'éboulements dans les Alpes, avec des blocs qui se détachent des parois « presque quotidiennement » dans le massif du Mont-Blanc.

Le chercheur évalue à environ 450 le nombre d'écroulements de plus de 100 m³ survenus dans le seul massif du Mont-Blanc sur l'année, contre un précédent record de 300 en 2022 et seulement quelques dizaines par an il y a dix ou vingt ans. Deux touristes tchèques sont morts en juillet dans un éboulement sur la voie normale du Mont-Blanc, et un homme de 31 ans a péri en août près de l'Aiguille du Génépi.

Cadrage et contexte

Selon Ludovic Ravanel, une large majorité de ces éboulements est imputable à la crise climatique : la hausse des températures dégrade le permafrost, cette glace logée depuis des millénaires dans les fissures de la roche et qui y joue un rôle de ciment. En parallèle, le retrait et l'amincissement des glaciers réduisent la pression stabilisatrice qu'ils exerçaient sur certaines parois, ce qui peut aussi provoquer des éboulements (voir notre fiche dédiée au mécanisme).

Par précaution, le maire de Saint-Gervais (Haute-Savoie) a fermé par arrêté deux refuges d'étape sur la voie d'ascension du Mont-Blanc, dont celui du Goûter, comme cela avait déjà été fait en 2022. Le chercheur prévient que le phénomène ne s'arrête pas avec la fin de la canicule : la chaleur accumulée cet été continuera à pénétrer les terrains jusqu'en hiver, avec les éboulements les plus importants plutôt attendus à l'automne.

Pourquoi ce record compte pour la trajectoire climatique

Ce record s'inscrit dans la continuité de l'été le plus chaud jamais enregistré en France depuis 1900 (voir notre fait marquant dédié) : les canicules à répétition qui expliquent les records de température sont le même facteur qui accélère le dégel du permafrost en haute altitude. Les deux phénomènes ne sont pas deux faits distincts mais deux manifestations d'une même cause.

Le chercheur souligne que la fréquence et l'ampleur de ces épisodes sont appelées à continuer d'augmenter avec la poursuite du réchauffement, avec des conséquences directes pour les personnes et les infrastructures présentes en haute montagne.

Ce que ce record ne dit pas

Ludovic Ravanel nuance lui-même l'ampleur du risque individuel : selon lui, il n'y a pas d'« explosion de l'accidentalité » liée aux éboulements, mais une augmentation des accidents qui découle surtout de la fréquentation croissante des massifs, plus que d'un danger disproportionné par rapport aux étés plus frais. La communauté des alpinistes s'auto-organise déjà face à ce risque, sans qu'il juge nécessaire de fermer l'accès à la haute montagne.

Ce phénomène reste circonscrit aux zones de haute altitude des massifs alpins, peu habitées à l'année en France. Il ne doit pas être confondu avec les dynamiques observées dans certaines vallées himalayennes densément peuplées, où le recul glaciaire s'accompagne de risques différents et aux conséquences humaines plus lourdes — un sujet distinct qui pourra être documenté séparément.

Source